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41 • Juillet - Décembre 2005 • Page 0
 
 
 
 •  Du Prélat
 

À l’ouverture de l’année académique de l’Université Pontificale de la Sainte-Croix, Rome, 13-XII-2005

Nous inaugurons une nouvelle année dans la vie de cette Université et nous sommes particulièrement reconnaissants au Seigneur pour l’année écoulée.

D’une certaine manière, nous éprouvons le besoin de dire, comme les apôtres Pierre et Jean : « Nous ne pouvons pas, quant à nous, ne pas publier ce que nous avons vu et entendu. » En effet, l’année qui se termine a été riche en expériences et manifestations de l’amour de Dieu envers nous. La douleur et la joie s’y sont jointes, avec le départ de notre très aimé Jean-Paul II et l’effusion de grâces que le Seigneur a répandues sur l'Église et sur le monde. C’est avec une grande espérance que nous avons vécu les jours du Conclave, et nous sommes pleins de reconnaissance pour le don du nouveau pape Benoît XVI.

Au lendemain de son élection, le Saint-Père affirmait : « Nous pouvons le dire : les funérailles de Jean-Paul II ont été une expérience vraiment extraordinaire où l’on a d’une certaine manière perçu la puissance de Dieu qui, par l’intermédiaire de son Église, veut faire de tous les peuples une grande famille, par la force unifiante de la Vérité et de l’Amour. » Oui, nous avons eu l’expérience de cette force unificatrice, et d’une certaine manière nous reconnaissons en elle le noyau de notre tâche universitaire : unifier, dans la vérité et dans l’amour.

Nous vivons à une époque où l’on ressent de manière toute spéciale le désir d’unité entre les peuples, en réaction parfois à des situations de divisions. L’évidence de la guerre et des multiples attentats contre la vie humaine, au niveau individuel et social, fait naître chez les hommes de bonne volonté une profonde aspiration à la paix et à la concorde. Pourtant, ce ne sont pas des raisons négatives qui poussent le chrétien à rechercher l’unité. Dans cet effort, chacun d’entre nous se sent poussé par la charité du Christ, dont l'Église est le signe et l’instrument Notre Seigneur, qui a prié le Père ut omnes unum sint , pour que nous soyons tous une même chose, nous a laissé aussi la source et la manifestation définitive de l’unité : le Saint Sacrement de l’Eucharistie

Nous savons combien, dans le cœur de Jean-Paul II, la préoccupation pour l’unité des chrétiens était vive, et combien elle est vive, également, dans celui de Benoît XVI. Leurs pontificats ont été symboliquement unis par l’Année de l’Eucharistie, qui s’est conclue il y a deux mois par l’Assemblée du Synode des évêques. Ce lien n’est pas le fruit du hasard, car, comme l’enseignait Jean-Paul II, « par le sacrement du pain eucharistique est représentée et rendue effective l’unité des fidèles, qui forment une seul corps dans le Christ » . Tout au long de cette année, l’Eucharistie nous a inspirés et nous a donné de la force, et à présent elle doit continuer de guider notre souci d’« unifier dans la vérité et dans l’amour ».

Tous les chrétiens sont responsables de cette unité, mais l’institution universitaire a une mission spéciale en la matière. Sa fonction traditionnelle a toujours été de promouvoir l’échange d’expériences et l’ouverture culturelle. Ceci a été souvent obtenu du simple fait de concentrer des personnes de différentes provenances géographiques, et surtout de promouvoir chez toutes un esprit universel. La notion d’Universitas studiorum ne se réfère pas seulement à l’ampleur des matières d’étude, mais fondamentalement à l’étude envisagée dans une perspective universelle. Cette ouverture est ensuite stimulée quand les études sont faites à Rome, qualifiée à juste titre de caput mundi. Le fait d’étudier dans la Ville éternelle signifie, comme le disait le cher Jean-Paul II, « apprendre Rome » , c'est-à-dire s’imprégner de catholicité, cultiver un esprit universel, enraciné dans la foi. L’ouverture culturelle est une caractéristique de l’esprit catholique, qui trouve son fondement dans la foi et la charité. On ne saurait être ouvert aux autres cultures si l’on n’est pas fidèle à la vérité, si l’on n’aime pas la vérité. À ce propos, Benoît XVI a mis en garde contre la « dictature du relativisme » , et il est vrai que quand on ne veut pas reconnaître la vérité, l’on tombe nécessairement dans l’arbitraire et, finalement, on ouvre la voie à la violence. C’est pourquoi nous voulons nous aussi mettre au cœur de notre travail quotidien la devise choisie par le pape au moment de son ordination épiscopale : « Collaborateurs de la Vérité ».

Si nous voulons unir tous les hommes entre eux et les unir à Dieu, il faut que de notre côté nous nous livrions à une étude profonde de la vérité révélée et de la culture humaine, et que nous mettions tout notre effort quotidien à être fidèles à la vérité. Unifier dans la vérité et dans l’amour suppose que nous soyons unis à la Vérité avec une majuscule, c'est-à-dire au Christ. C’est l’amitié avec le Christ, disait le Saint-Père peu avant son élection, « qui nous ouvre à tout ce qui est bon et qui nous donne le critère pour discerner entre le vrai et le faux, entre la tromperie et la vérité »

C’est pourquoi notre désir d’unifier dans la vérité et dans l’amour requiert une solide unité de vie personnelle, fondée sur l’Eucharistie. Saint Josémaria Escriva, qui a prêché inlassablement l’unité de vie, était convaincu que le ciel et la terre s’unissent dans le cœur de l’homme, lorsque nous vivons saintement la vie ordinaire . Il ajoutait aussitôt que « la messe est le centre et la racine de la vie chrétienne » , et que nous devons lutter pour mettre en pratique cette vérité dans notre propre vie, de sorte que « toute ta journée rendra un culte à Dieu (prolongation de la Messe que tu as entendue, préparation de la suivante) ; et un culte qui se manifestera par des oraisons jaculatoires, par des visites au Saint-Sacrement, par l'offrande de ton travail professionnel et de ta vie de famille… »

En ouvrant les sessions du récent Synode des évêques, Benoît XVI a demandé aux participants d’étudier la manière de renforcer le lien entre la Sainte Messe et la vie quotidienne des fidèles. Il s’agit là d’un appel qui doit nous concerner particulièrement, en tant qu’universitaires. L’Eucharistie doit être le fondement de notre travail, dans l’effort commun qui est le nôtre pour unifier dans la vérité et dans l’amour. Permettez-moi de vous dire avec le Saint-Père : « Nous devons tous recommencer à partir de l’Eucharistie. »

Que Marie, « Femme eucharistique », nous aide dans cet effort. Qu’Elle nous mène toujours par la main vers Jésus. Nous le lui demandons de manière spéciale pendant l’Avent, pour pouvoir arriver à Noël mieux préparés. Approchons-nous donc avec plus d’amour de la Sainte Eucharistie, où le Seigneur nous attend, encore plus abandonné et sans défense que dans l’étable de Bethléem. Pour nous le tabernacle doit être le Bethléem permanent de nos églises, vers lequel la Sainte Vierge nous attire par la force de son amour.

Avec son intercession maternelle, et l’aide de saint Josémaria, nous déclarons inaugurée l’année académique 2005-2006.



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