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Rome, 5 décembre 2004. Neuvaine de l’Immaculée Conception de Marie |
Très chers frères et sœurs,
1. Nous nous préparons à fêter la grande solennité de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Nous sommes aussi au cœur de l’Avent, temps liturgique qui nous conduit vers Noël. Ces deux fêtes sont réjouissantes pour le peuple chrétien et le prophète Isaïe s’adresse à nous en la liturgie de ce jour pour nous le rappeler : « Peuple de Sion, voici que le Seigneur vient sauver les peuples. Le Seigneur fera entendre la majesté de sa voix et vous vous réjouirez de tout cœur. »
C’est une annonce intimement liée à la venue de Dieu sur la terre, lors de l’incarnation et de la naissance du Christ. En effet, Jésus le Sauveur, Dieu avec nous, a pris notre humanité pour nous faire partager sa divinité. Cet admirable échange s’est fait grâce au oui, au fiat de la Sainte Vierge, à l’instant de l’annonce bienheureuse. Sa réponse s’est perpétuée toute sa vie durant et nous a ouvert à chacun les portes de la miséricorde divine. C’est précisément parce qu’elle a été choisie comme Mère de Dieu que Marie a été préservée de toute faute — aussi bien du péché originel que de tout péché personnel— et comblée de toute grâce et de toute vertu, de par un décret de Dieu Tout-puissant. Elle est l’Immaculée.
Le Seigneur est venu sauver tous les peuples et il a comblé nos cœurs de joie. Inspiré par Dieu, le prophète évoque un panorama paradisiaque : Le loup habite avec l’agneau, la panthère se couche près du chevreau, veau et lionceau paissent ensemble : sous la conduite d’un petit garçon. » Il juxtapose ici délibérément des réalités contraires, le loup et l’agneau, le chevreau et le lionceau vivent en une totale harmonie, - soulignant ainsi les effets de la venue du Fils de Dieu sur terre – y compris sur le monde créé.
Malheureusement, si nous jetons un regard sur le monde qui nous entoure, la situation actuelle semble souvent démentir ces promesses. Des cris de violence se font partout entendre, la famine, la maladie et la guerre désolent des nations entières… Comment cela est-il possible après l’arrivée du Christ, venu pour porter remède à nos maux, il y a deux mille ans ? Qu’est-ce qui ne va pas dans notre monde ? La réponse est claire : tout ce désordre, effet du péché, vient du mauvais usage ou de l’usage incorrect que l’homme fait de sa liberté.
Le règne du Christ ne sera instauré de façon évidente et définitive que lorsque le Rédempteur viendra dans la gloire à la fin des temps. En attendant, les chrétiens sont responsables de le rendre présent à l’époque historique concrète qu’il leur a été donné de vivre. Regnum Dei intra vos est, a dit Jésus. Le règne de Dieu est au-dedans de nous, par la grâce. C’est un règne de justice, d’amour et de paix, qu’il nous revient de diffuser de par le monde. « Le Seigneur veut que nous soyons dévoués, fidèles, délicats, amoureux. Il nous veut saints, tout à Lui. »
2. Il y a des années, le fondateur de l’Opus Dei écrivait : « Un secret. — Un secret à crier sur les toits : ces crises mondiales sont des crises de saints.
— Dieu veut une poignée d’homme “ à Lui ” dans chaque activité humaine. — Après quoi… pax Christi in regno Christi — la paix du Christ dans le règne du Christ. »
Une crise de saints : voilà le vrai malheur de notre temps et de tant de moments de l’histoire. Je m’explique : les saints ne manquent pas de nos jours, mais la sainteté ne fait pas de bruit. Le péché est plus bruyant, privé de toute efficacité et porteur de tant de maux. Beaucoup observent le monde par le biais des moyens de communication et trouvent alors plus attrayant l’exemple de ceux qui tournent le dos à Dieu et se plongent dans les choses matérielles que celui des saints. Il nous faut les aider à se réveiller du sommeil où ils sont plongés, car « le Seigneur compte sur nous pour conduire les âmes vers la sainteté, pour les approcher de Lui, les unir à l’Église, étendre le royaume de Dieu à tous les cœurs », à commencer par nous-mêmes. En effet, nous nous assoupissons si souvent et oublions, au moins dans la pratique, que notre but ultime est la vie éternelle avec Dieu.
Ne pensons pas cependant que pour être saints il faille faire des choses extraordinaires, ou avoir un comportement étrange. Être saints, ou, pour mieux dire, chercher la sainteté, puisqu’on n’est saint que lorsqu’on est parvenu au Ciel, consiste à lutter tous les jours avec joie et optimisme pour conduire et orienter notre vie vers le Seigneur, y compris dans les petits détails. C’est le contenu du message de l’Avent, comme nous le rappelle la liturgie de ce jour avec des paroles de saint Jean-Baptiste : « Convertissez-vous car le Royaume des Cieux est tout proche […]. Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. »
En entendant parler de conversion, d’aucuns peuvent se dire que ce message s’adresse à ceux qui ne sont pas encore catholiques. Il n’en est rien : nous avons tous besoin de conversion, comme nous le dit l’Esprit Saint dans le livre de l’Apocalypse : « Que l’homme de bien vive encore dans le bien et que le saint se sanctifie encore » Nous nous convertissons dès l’instant où nous rejetons la tentation, où nous accomplissons une bonne œuvre, chaque fois que nous pardonnons les offenses ou que nous demandons pardon à Dieu pour nos péchés et nos fautes, chaque fois que nous recommençons à vivre comme de vrais chrétiens.
Relisons encore ces paroles du saint-père : « Il ne faut pas se méprendre sur cet idéal de perfection comme s’il supposait une sorte de vie extraordinaire que seuls quelques « génies » de la sainteté pourraient pratiquer. Les voies de la sainteté sont multiples et adaptées à la vocation de chacun. […] Il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire : toute la vie de la communauté ecclésiale et des familles chrétiennes doit mener dans cette direction. »
3. C’est dans ce contexte que la figure de la Mère du Ciel devient un exemple éclatant de lumière pour nous tous. La Sainte Vierge, parce qu’elle est justement pleine de grâce, est la personne la plus heureuse au monde et sème cette joie profonde avec sa vie. Personne n’est déçu auprès de Marie : elle nous apprend à aimer, à servir, à communiquer notre joie aux autres. Mais ne pensons pas que tout a été facile pour la Sainte Vierge. C’est précisément à cause de la mission sublime que Dieu lui a confiée, qu’Il attendait d’Elle une réponse très fidèle et constante, à la mesure de celle dont avait parlé son Fils, pour faire face aux grandes aventures humaines où il n’est pas permis de baisser la garde. Ce privilège a encouragé la Mère de Jésus à avancer jour après jour dans son attachement et son effort en vue d’atteindre la sainteté. Le concile Vatican II affirme que « Marie, tout au long de sa vie sur terre « a avancé sur le chemin de la foi » grâce à son union ininterrompue au Christ dans ses pensées, ses affections et ses intentions. Sa très généreuse réponse allait croissant, au rythme des grâces qu’elle recevait de Dieu. Elle fut héroïquement fidèle dans les petites et dans les grandes choses. Adressons-nous à Elle avec une confiance toute particulière en ces jours-ci lui demandant pour nous aussi de ne penser à rien d’autre qu’à accomplir en tout et pour tout la Volonté de Notre Seigneur.
Ô notre Mère, lui disons-nous, tu es tota pulchra, toute belle, de cette beauté singulière dont nul n’a jamais rêvé. Tu es la seule créature sur laquelle Dieu a posé son regard plein de complaisance. Tu as été comblée de perfections et tu as répondu à Dieu de tout ton cœur. Fais que nous aussi nous sachions répondre aux appels divins. Fais que nous soyons attachés sérieusement à être saints, fais que, près de toi, nous fassions, sans relâche, un apostolat optimiste, sans respect humain, en aimant tout le monde de mieux en mieux. Fais que nous tirions profit de nos relations empreintes de charité pour parler de la grande amitié avec Jésus, l’Ami qui ne trahit pas et qui ne nous laisse jamais tomber.
Nous sommes pleins de joie lorsque nous pensons à ta vie sur cette terre. Tes pas sont extérieurement les mêmes que tous les nôtres. En effet, nous aussi, nous devons nous occuper de tant de choses normales : le travail, la famille, les relations sociales et professionnelles ; nous devons, comme Toi, être attelés aux affaires domestiques, concernés par les besoins spirituels et matériels des autres, tout particulièrement de nos proches. Nous devons surtout soigner nos relations personnelles avec Dieu qui doivent toujours être notre première occupation : notre prière personnelle, notre participation aux sacrements de la Pénitence et l’Eucharistie. « Le temps de l'Avent est un temps d'espérance. Tout le panorama de notre vocation chrétienne, cette unité de vie dont le nerf est la présence de Dieu Notre Père, peut et doit être pour nous une réalité quotidienne. » Ô notre Mère, apprends-nous a réaliser dans la joie tous nos devoirs, fais que notre existence quotidienne devienne une unité de vie, un chant de louange à ton Fils, au Père et au Saint-Esprit. C’est à toi que nous adressons la supplication que l’Église met aujourd’hui sur nos lèvres : « Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils, mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » Nous te demandons de nous aider à être des chrétiens cohérents avec notre vocation, à ne pas avoir peur lorsque le Seigneur nous appelle. Nous te demandons aussi beaucoup de vocations au sacerdoce que nous essaierons de susciter par notre parole et surtout par notre prière, par notre mortification et par l’exemple de notre vie, pleine de joie, parce que nous nous savons enfants de Dieu et tes enfants.
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