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37 • Juillet - Décembre 2003 • Page 50
 
 
 
 •  Du Prélat
 

Buenos Aires, remise de doctorats Honoris Causa

À l’occasion de la nomination de docteurs « honoris causa » à l’Université Australe


1. Ouverture de la séance

L’occasion qui m’est donnée d’être parmi vous en cette cérémonie solennelle au cours de laquelle trois prestigieux professeurs vont être incorporés au corps des professeurs de l’Université Australe avec le plus haut degré académique de Docteurs honoris causa, est pour moi un moment de grande joie et de profonde reconnaissance à Dieu.

L’université est un milieu de travail passionnant, un creuset de développements scientifiques, d’avancées techniques, de conquêtes de la pensée qui ont une influence décisive dans la configuration de la société humaine. Cet apport produit d’admirables résultats de progrès authentique, lorsque l’on y respecte et aime la nature et la dignité de la personne humaine, appelée à vivre dans l’unité des uns avec les autres, et destinée à fréquenter Dieu, Créateur et notre Père, et à en jouir éternellement.

Pour toute communauté universitaire, la responsabilité d’offrir ce service à la société est un défi, qui doit savoir éviter le piège de tomber dans des explications réductrices de la dignité humaine et surnaturelle de toute femme et de tout homme. L’Université Australe a relevé ce grand défi, et sous l’inspiration des enseignements de saint Josémaria Escriva, elle travaille dans ce sens depuis ses débuts.

Saint Josémaria, avec une profonde sensibilité humaine, a perçu l’importance du travail universitaire et, avec un enthousiasme tout surnaturel, a encouragé des milliers de chrétiens de toutes les races, origines sociales et de tous les continents, à promouvoir ce service à l’humanité et cette diffusion de la lumière de la Révélation divine dans les milieux les plus variés du monde du travail humain. C’est la raison pour laquelle, il a été toujours personnellement attaché aux savoirs universitaires, impartis en chaire et au laboratoire (cf. Chemin, n° 338) grâce à un travail rigoureux et constant, avec le plus grand respect de la liberté des consciences.

Nous partageons tous cet attachement à un travail universitaire, aux profondes racines chrétiennes. Comme je connais bien l’élan qui vous anime, permettez-moi de vous encourager encore davantage dans cette responsabilité, de sorte que vous ressentiez, avec une plus grande intensité, l’urgence de diffuser une culture du travail sérieux et persévérant. Votre pays et le monde entier, attendent l’exemple d’une recherche et d’un enseignement qui encouragent le grand nombre à s’efforcer dans la recherche de la vérité, à contribuer à résoudre les grands problèmes de notre époque, à améliorer la société, à s’occuper des plus nécessiteux et à assumer cette responsabilité au moyen d’un effort de réalisation au quotidien, afin que votre enthousiasme professionnel et votre engagement dans cette merveilleuse aventure donnent des fruits abondants et informent les différents secteurs de ce pays.

Les idéaux et la responsabilité dont je viens de parler ont poussé le Conseil supérieur de l’Université Australe à reconnaître le travail académique des trois grands universitaires que nous honorons aujourd’hui avec un doctorat honoris causa. Leurs réussites sont l’objet du respect de tous ceux qui apprécient le travail bien fait, et éveillent, dans la communauté universitaire, le désir de suivre leur exemple. C’est dans cet état d’esprit que nous allons procéder à ces investitures.

2. Discours de clôture de séance

La personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, possède une richesse et une unité insondables que nous n’arriverons jamais à totalement percevoir et qui suscite notre désir de pénétrer, de plus en plus, la vérité de son être.

Cette volonté se trouve dans le cœur de tout vrai professeur universitaire. Il s’agit de l’envie de pouvoir exprimer encore quelque chose sur l’homme et d’enrichir notre compréhension de la personne. À partir des domaines et des disciplines les plus variés, l’on fait des recherches sur les multiples dimensions de l’être humain et l’on dresse des arguments qui expliquent, de façon rationnelle, les phénomènes sensibles, psychiques et spirituels.

Les sciences, auxquelles les trois nouveaux docteurs que nous honorons aujourd’hui ont voué leur vie, partagent, avec des méthodes et à des niveaux différents, cet effort d’approfondir la connaissance de la personne humaine et promouvoir sa dignité. La brièveté de la cérémonie ne me permet pas de m’arrêter, comme je l’aimerais, à faire l’éloge que ces hommes de savoir méritent. Je pense que vous êtes à même de comprendre combien la briéveté de mes propos me gêne alors que mon estime, mon admiration envers ces trois illustres professeurs est sans bornes.

Dans le domaine des neurosciences, le professeur Tomas Hökfelt a connu des réussites très importantes. Avec la reconnaissance internationale méritée de ses précieuses recherches à l’Institut Karolinska, il faut souligner son intérêt à former de nombreux étudiants de par le monde. Cette attitude de généreux dévouement qui dévoile l’esprit humain et chrétien du docteur Hökfelt est un exemple éloquent de la façon dont on peut rendre compatibles un travail d’une grande exigence de perfection avec une appréciation réelle des collaborateurs, qu’il a guidés et aidés de sa sollicitude bienveillante.

Lorsqu’il fait de la recherche sur les mécanismes physiques et chimiques régulateurs de l’activité du corps humain, le scientifique s’aperçoit que la méthode expérimentale n’épuise pas la réalité, mais que, pour la comprendre parfaitement, il lui faut prêter attention à d’autres sciences et chercher, comme guide ultime, la dimension sapientielle de la théologie et de la philosophie . Jean-Paul II dit bien que « la philosophie contribue directement à poser la question du sens de la vie et à en ébaucher la réponse ». De ce fait, « elle est le moyen de connaître des vérités fondamentales concernant l’existence de l’homme ». Grâce à ce savoir, et plus concrètement dans le domaine de la logique, le docteur Ignacio Angelelli, professeur à l’Université du Texas-Austin, a réalisé un fécond travail de recherche, internationalement reconnu et, en bon maître, s’est consacré à ses tâches d’enseignement,. Ses réussites académiques et ses écrits montrent bien cette attitude de service aux autres, au moyen de la Philosophie.

Pour une profonde compréhension de la personne humaine, il faut considérer aussi son caractère relationnel et son être communicatif. L’homme est essentiellement ouvert à Dieu, aux autres, et à un autre niveau, à l’univers physique. Il grandit et atteint sa plénitude dans la communication interpersonnelle. Dans la vie, chacun trouve les occasions de transmettre une idée, un sentiment, de partager son intimité avec un être cher, ou d’exprimer un phénomène esthétique. Cela enrichit son moi et confirme son caractère relationnel. Le professeur Alfonso Nieto, recteur de l’Université de Navarre, depuis plus de dix ans, en s’appuyant sans doute sur ses capacités relationnelles et chrétiennes, a su explorer l’art de la communication sous plusieurs de ses formes contemporaines. Son effort dans la défense de la personne a toujours visé à comprendre le plus profondément possible le rôle humanitaire des moyens de communication, qui demandent la responsabilité et la vocation de service, dont le docteur Nieto est devenu le porte-parole.

Trois professeurs de différents domaines académiques, avec des travaux qui convergent harmonieusement au service de l’être humain. La défense de la personne est et sera toujours un trait essentiel du message de l’Église, comme Sa Sainteté, Jean-Paul II, l’a indiqué au début de son pontificat : « L’Église désire servir cet objectif unique : que tout homme puisse retrouver le Christ, afin que le Christ puisse parcourir la route de l’existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de la vérité sur l’homme et sur le monde. » La prélature de l’Opus Dei, née dans l’Église et de l’Église, comme une partie inhérente visant à la servir, a la mission particulière d’ouvrir des chemins de vie chrétienne à ceux qui veulent se sanctifier à travers leur travail professionnel au milieu des réalités de ce siècle. À ce moment de l’histoire où certaines manifestations culturelles, sociales et politiques proposent des discours réducteurs de la créature rationnelle, sinon tout à fait contraires à sa dignité et à sa destinée éternelle, il est bon de faire résonner audacieusement d’autres propos du Saint-Père qui affirme que le sens de la culture doit être à la mesure de la personne humaine .

Inspirée par la figure et par le message de saint Josémaria Escriva, l’Université Australe, à partir de la recherche et de l’enseignement, cultive le désir d’éclairer et de guider les personnes à construire une nouvelle culture où tout homme, toute femme, seront respectés en leur plus intime identité et découvriront en leur cœur l’image de Dieu Un et Trine, dont ils sont appelés à partager la Vie.

Il ne s’agit pas d’un objectif utopique, ni d’une simple déclaration d’intention inefficace. Nous avons la conviction que, comme l’affirmait le fondateur de l’Opus Dei, en une occasion semblable à celle-ci, « l’Université […] en étudiant les problèmes avec une profondeur scientifique, touche aussi les cœurs, aiguillonne la passivité, éveille des forces qui somnolent et forme des citoyens prêts à construire une société plus juste . » Nous devons toujours considérer qu’une Alma Mater doit conserver toujours le désir de cultiver, en son équipe, chez les étudiants et chez tout le personnel qui y travaille, le noble souci d’acquérir un prestige professionnel sérieux et solide, compris aussi comme un service, pour que notre monde devienne le cadre d’une convivialité honnête, d’une adhésion loyale et cohérente aux desseins du Créateur.

Nombreuses sont les urgences auxquelles l’esprit chrétien ne peut rester insensible , nous rappelle Jean-Paul II en ce début du nouveau millénaire. Nous sommes reconnaissants aux trois docteurs d’avoir su répondre à ces urgences avec un travail efforcé, avec un dévouement attentif et prêts à toujours relever les nouveaux défis. Avec l’aide de Dieu et la maternelle intercession de Notre-Dame de Lujan, je souhaite, qu’à l’unisson, nous fassions converger nos efforts et nos veilles pour faire ainsi face aux grands défis de notre temps.


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