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35 • Juillet - Décembre 2002 • Page 208
 
 
 
 •  Canonisation
 

7 octobre : messe d'action de grâces et audience du saint Père

Le 7 octobre, la place saint Pierre était de nouveau la scène d’une concentration inhabituelle de fidèles. Le traditionnel tridium d’action de grâce qui suit toute canonisation allait commencer, cette fois, à « l’épicentre » de la catholicité, par une messe célébrée par le prélat de l’Opus Dei à laquelle allaient assister de nombreuses personnes – en réalité, presque toutes – qui avaient participé la veille à la canonisation.

Mgr Fernando Ocariz, vicaire général de la prélature, mgr Francisco Vives, vicaire secrétaire central et tous les vicaires régionaux ont concélébré avec mgr Echevarria

Au cours de son homélie, le prélat de l’Opus Dei a encouragé les fidèles à convertir le sentiment naturel de gratitude pour la canonisation en œuvres de fidélité à Dieu et de service des âmes. En voici le texte complet :

1. Laudate Dominum omnes gentes (Ps 116/117, 1) : louez le Seigneur toutes les nations. L'invitation du Psaume responsorial qui a résonné il y a quelques instants, constitue un bon résumé des sentiments qui débordent aujourd'hui de notre cœur : Deo omnis gloria !, toute la gloire pour Dieu. Nous voulons adorer le Dieu trois fois Saint et lui rendre grâces pour le don avec lequel il a enrichi l'Église et le monde : la canonisation de Josémaria Escriva de Balaguer, prêtre, fondateur de l'Opus Dei, réalisée hier par notre très aimé pape Jean-Paul II.

Notre reconnaissance s’adresse aussi au saint-père, qui a porté à terme l'accomplissement du dessein de la Trinité : tandis que nous nous disposons à élever notre prière au Ciel, nous confions au Seigneur son auguste personne et ses intentions. Nous savons que cette supplique sera très agréable à saint Josémaria, qui aima de toute son âme le vicaire du Christ sur la terre, au point de ne jamais séparer cet amour du pape de celui qu'il confessait pour Jésus-Christ et sa Mère bénie. En effet, depuis le moment même où le Seigneur fit irruption dans son âme avec les premiers pressentiments de l'Opus Dei, qu'il ne connaissait pas encore, il commença à prier et à travailler pour faire réalité la clameur qui jaillissait de son cœur : Omnes cum Petro ad Iesum per Mariam !, tous, avec Pierre, vers Jésus par Marie.

Tous, aussi bien nous qui participons à cette sainte messe, que les innombrables personnes qui s'unissent spirituellement à nous dans le monde entier, nous nous reconnaissons volontiers redevables envers le nouveau saint que Dieu a donné à l'Église. Beaucoup d'entre nous avons obtenu des grâces et des faveurs de tous genres par son intercession. Nous sommes nombreux qui cherchons à emprunter son chemin de fidélité au Seigneur sur la terre, en essayant de reproduire, dans nos âmes, l'esprit qu'il a incarné. À tous, saint Josémaria a montré — par son exemple et ses enseignements — une façon bien concrète de parcourir le sentier de la vocation chrétienne, qui a pour but la sainteté. C'est pour quoi, la canonisation du fondateur de l'Opus Dei prend les traits caractéristiques d'une fête : la fête de cette grande famille de Dieu qu'est l'Église. Aussi voulons-nous rendre grâce au Seigneur dans cette célébration eucharistique.

2. Quarante ans ne sont pas passés depuis que le Concile Vatican II a proclamé l'appel universel à la sainteté et à l'apostolat (cf. Lumen gentium, ch. V), mais il reste encore beaucoup de chemin à faire, jusqu'à ce que cette vérité parvienne effectivement à illuminer et guider les pas des hommes et des femmes sur la terre. C'est ce qu'a rappelé explicitement le saint-père, dans sa Lettre apostolique Novo Millennio ineunte, en proposant cette doctrine comme « le fondement de la programmation pastorale dans laquelle nous nous engageons au début du nouveau millénaire » (cf. 31).

Nous tous dans l'Église, chaque pasteur et chaque fidèle, sommes appelés à nous engager personnellement dans la recherche quotidienne de la sainteté personnelle et à participer — aussi personnellement — à l'accomplissement de la mission que le Christ nous a confiée. Si le XXème siècle a été témoin de la « redécouverte » de cet appel universel — qui était contenu dans l'Évangile depuis le début, et duquel saint Josémaria fut constitué héraut par la vocation personnelle qu'il reçut (cf. Messe de saint Josémaria Escriva, Collecte) —, le siècle que nous entamons doit se caractériser par une mise en pratique plus effective et étendue de cet enseignement. Voici un des grands défis que lance l'Esprit aux hommes et aux femmes de notre temps.

Saint Josémaria Escriva s'est attaché à réveiller cette urgence de sainteté chez tous les hommes. Le fait que sa canonisation ait eu lieu à l'aube du nouveau siècle est particulièrement significatif. Son message résonne avec une force particulière dans les temps actuels : « Nous sommes venus dire, avec l'humilité de qui se sait pécheur et peu de chose — homo peccator sum (Lc 5, 8), disons-nous avec Pierre — mais avec la foi de qui se laisse conduire par la main de Dieu, que la sainteté n'est pas une affaire de privilégiés : que le Seigneur nous appelle tous, qu'Il attend de l'Amour de tous : de tous où qu'ils soient ; de tous, quel que soit leur état, profession ou fonction. Parce que cette vie courante, ordinaire, sans éclat, peut être moyen de sainteté : il n'est pas nécessaire d'abandonner son propre état dans le monde pour chercher Dieu, si le Seigneur ne donne pas la vocation religieuse à une âme, puisque tous les chemins de la terre peuvent être l'occasion d'une rencontre avec le Christ » (Lettre 24 mars 1930, 2).

3. À tout instant — comme le nouveau saint y invite depuis les années trente déjà (cf. ibid., Chemin, 382) — il faut chercher le Seigneur, le rencontrer et l'aimer. Ce n'est que si nous nous efforçons jour après jour de parcourir ces trois étapes, que nous arriverons à la pleine identification avec le Christ : à être alter Christus, ipse Christus. « Peut-être vous rendrez-vous compte — je vous le dis avec ses propres mots — que vous en êtes à la première étape. Cherchez-le alors avec acharnement [...]. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j'ose vous garantir que vous l'avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l'aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel (cf. Ph 3, 20) » (Ibid., Amis de Dieu, 300).

Jésus, nous le rencontrons dans la prière, dans l'Eucharistie et dans les autres sacrements de l'Église ; mais aussi dans l'accomplissement fidèle et amoureux des devoirs familiaux, professionnels et sociaux, propres à chacun. Il s'agit en vérité d'un objectif ardu, que nous ne pourrons atteindre pleinement qu'à la fin de notre pèlerinage sur terre. « Mais ne perdez pas de vue que personne ne naît saint. Le saint se forge au jeu continuel de la grâce divine et de la réponse de l'homme ». C'est ainsi que saint Josémaria parlait dans l'une de ses homélies, et il ajoutait : « C'est pourquoi je te dis que, si tu veux te comporter en chrétien cohérent [...], tu dois apporter un soin extrême aux détails les plus insignifiants. Car tu n'atteindras la sainteté, que Notre Seigneur exige de toi, qu'en accomplissant avec amour de Dieu ton travail, tes obligations de chaque jour, faites presque toujours de petites réalités » (Ibid., 7).

Sanctifier le travail. Se sanctifier par le travail. Sanctifier les autres dans le travail. Avec cette phrase suggestive, le fondateur de l'Opus Dei résumait le cœur du message que Dieu lui avait confié, pour le rappeler aux chrétiens. L'engagement pour atteindre la sainteté est solidement uni à la sanctification de la propre tâche professionnelle — réalisée avec perfection humaine et droiture d'intention, dans un esprit de service — et à la sanctification des autres. Il est impossible de ne pas prendre en compte les frères, leurs besoins matériels et spirituels, si l'on veut aller à la suite du Seigneur. « Notre vocation d'enfants de Dieu, au milieu du monde, exige de nous que nous ne cherchions pas seulement notre sainteté personnelle, mais que nous allions par les chemins de la terre pour en faire des voies qui, malgré les obstacles, mèneront les âmes au Seigneur ; que nous prenions part, en tant que citoyens ordinaires, à toutes les activités temporelles, pour être le levain (cf. Mt 13, 33) qui doit faire monter toute la pâte (cf. 1 Co 5, 6) » (Quand le Christ passe, 120).

4. La Providence divine a disposé que le parcours terrestre de saint Josémaria Escriva ait lieu au XXème siècle, période qui fut témoin d'énormes progrès de la science et de la technique, qui n'ont malheureusement pas toujours été au service de l'homme. En effet, il faut bien reconnaître que, à côté d'acquis admirables de l'esprit humain dans ce temps qui est le nôtre, abondent des torrents d'eaux amères qui essaient vainement de soulager la soif de bonheur dans les cœurs. Mais il est également vrai — comme l'a écrit Mgr Alvaro del Portillo — que, avec le message spirituel du nouveau saint, « toutes les professions, toutes les ambiances, toutes les situations sociales honnêtes [...] ont été remuées par les anges de Dieu, comme les eaux de la piscine probatique dont parle l'Évangile (cf. Jn 5, 2ss), et ont acquis une force médicinale » (Lettre Pastorale, 30-IX-1975, 20).

En faisant mémoire du premier successeur de notre Père, don Alvaro del Portillo, nous sentons sa présence spirituelle très proche en ces instants. Avec lui nous pouvons affirmer, pleins de reconnaissance envers Dieu que, grâce à la doctrine et à l'esprit du fondateur de l'Opus Dei, « même des pierres les plus arides et insoupçonnées ont jailli des torrents médicinaux. Le travail humain bien achevé s'est fait collyre, afin de découvrir Dieu dans toutes les circonstances de la vie, dans toutes les choses. Et cela s'est produit justement à notre époque, alors que le matérialisme s'acharne à convertir le travail en boue qui aveugle les hommes, et les empêche de voir Dieu » (Ibid.).

Je salue ceux qui sont venus à Rome depuis les pays de langue anglaise, pour assister à la canonisation de saint Josémaria Escriva. De retour dans vos foyers, emportez avec vous et tâchez de mettre en pratique les enseignements du nouveau saint. Demandez à saint Josémaria qu'il vous apprenne à convertir la prose de chaque jour — les situations les plus communes — en alexandrins, en un poème héroïque : en désirs et réalités de sainteté et d'apostolat.

À vous qui venez de différents pays francophones, je souhaite rappeler combien il est important de collaborer à la mission apostolique de l'Église ; c'est un devoir pour tous les chrétiens de chercher à ce que l'esprit de l'Évangile féconde les arts et les lettres, les sciences et la technique. Ayez donc recours à l'intercession de saint Josémaria afin de mettre en pratique un désir que Dieu lui-même a gravé dans son âme : avec notre travail, quel qu'il soit, mettre le Christ au sommet de toutes les activités humaines.

Aujourd'hui l'Église vénère la Très Sainte Vierge sous l'invocation de Notre-Dame du Rosaire. J'éprouve une grande joie en pensant que la canonisation de notre fondateur a eu lieu la veille d'une fête de Sainte Marie ; cette coïncidence est comme un signe supplémentaire de son affectueuse assistance de Mère. Nous recourons à son intercession, remplis de confiance, tout en rénovant notre remerciement au Seigneur pour cette canonisation. Deo omnis gloria !, je le répète encore une fois, tandis que nous demandons que se diffuse parmi les chrétiens, chaque jour avec plus de force, le désir de sainteté personnelle et d'apostolat dans les circonstances de la vie ordinaire. Ainsi soit-il.

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Á la fin de la messe, au cours de laquelle, comme la veille des centaines de prêtres étaient descendus en procession jusqu’au bout de la Via della Conciliazione pour distribuer la communion, le pape est arrivée sur l’esplanade en automobile, et l’audience tant attendue a commencé.

Lorsque Jean Paul II s’est assis, et que les applaudissements se sont tus, le prélat de l’Opus Dei, au nom de toutes les personnes présentes, a adressé au saint Père une salutation affectueuse :

Très saint-père,

Il y a dix ans, sur cette même place, mon inoubliable prédécesseur comme prélat de l’Opus Dei, Monseigneur Alvaro del Portillo, adressait à votre sainteté des paroles émues de reconnaissance après la béatification de Josémaria Escriva. Aujourd’hui, l’honneur immérité de manifester la joie et la gratitude des milliers de fidèles et coopérateurs de la prélature, ainsi que des innombrables dévots de saint Josémaria Escriva me revient, eux qui, à Rome et hors de Rome, ont participé avec un immense bonheur à la cérémonie de canonisation. Merci, saint-père.

La reconnaissance solennelle de la sainteté de ce serviteur bon et fidèle, que Dieu notre Seigneur a constitué en héraut de l’appel universel à la sainteté et à l’apostolat dans les circonstances ordinaires de la vie, invite tous les catholiques à sortir à la rencontre de Dieu dans l’accomplissement de leurs devoirs familiaux, professionnels et sociaux.
La canonisation de Josémaria Escriva est, sans aucun doute, un don pour le monde entier, car nous aurons toujours besoin d’intercesseurs devant le trône de Dieu. Elle renferme un nouveau motif de confiance spécialement pour les fidèles laïcs, qui voient réaffirmer une fois de plus leur éminente vocation d’enfants de Dieu en Jésus-Christ, appelés à être parfaits, comme le Père céleste, dans les circonstances ordinaires de la vie. Comme votre sainteté l’a écrit dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte, « il est temps de proposer de nouveau à tous, avec conviction, ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire » (n° 31). Je crois que saint Josémaria Escriva est un de ceux qui ont été en avance sur leur temps, en proclamant l’appel universel à la sainteté et à l’apostolat, que le concile Vatican II a annoncé avec tant de force. En effet, non seulement il a répandu de par le monde cette doctrine, confirmée par l’exemple de sa lutte ascétique joyeuse et constante, mais il a également ouvert dans l’Église, par volonté divine, un chemin de sanctification « vieux comme l’Évangile, et comme l’Évangile nouveau », signe supplémentaire et éloquent de la miséricorde divine envers les hommes, et instrument efficace au service de l’Église pour l’accomplissement de la mission de salut.

Des millions de personnes, saint-père, sont aujourd’hui en fête dans le monde entier, à l’intérieur et en dehors des limites visibles de l’Église. De nombreux non-catholiques, et même non-chrétiens, admirent la figure de Josémaria Escriva, et ont recours à ses enseignements comme source d'inspiration de leur propre conduite et de leur activité professionnelle et sociale. Eux aussi ont reçu un élan plein d’espoir dans leur effort pour améliorer notre monde, affligé par les injustices et, en même temps, désirant compréhension et paix.

Pendant les dix années qui se sont écoulées depuis la béatification de Josémaria Escriva, l’action apostolique des fidèles et des coopérateurs de la prélature de l’Opus Dei s’est étendue en intensité et en amplitude dans de nombreux pays. Soutenus par la grâce de Dieu, ils ont multiplié leurs initiatives en faveur de tout type de personnes, spécialement des plus nécessiteux. À l’occasion du centenaire de la naissance de saint Josémaria Escriva, des dizaines d’initiatives de formation humaine et professionnelle ont été promues dans des pays en voie de développement et dans les quartiers pauvres de diverses grandes villes. On a voulu témoigner de la sorte que la recherche de la sainteté personnelle — l’union avec Dieu — est inséparable de la sollicitude — traduite en des faits concrets — pour le bien-être matériel et spirituel de nos frères.

Avant de terminer, je désire assurer votre Sainteté de la prière assidue et fervente pour sa personne et ses intentions, que les fidèles et les coopérateurs de l’Opus Dei dans le monde entier élèvent constamment vers le ciel. Je confie ces prières à la très Sainte Vierge, dont aujourd’hui nous faisons spécialement mémoire, sous l’invocation de Notre-Dame du Rosaire : enrichies par sa médiation maternelle devant Jésus, elles aideront votre Sainteté à accomplir avec joie sa mission de pasteur suprême.

Saint-père, permettez-moi de vous remercier, une fois encore, de tout cœur. En nous disposant à accueillir et à méditer vos paroles, et en vous présentant tous mes vœux, au nom de tous, pour le prochain anniversaire de votre élection comme successeur de Pierre, je vous demande, pour les fidèles et les coopérateurs de la prélature de l’Opus Dei, pour les innombrables dévots de saint Josémaria Escriva, la force de votre bénédiction apostolique.

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Le pape a répondu avec les paroles suivantes :

Très chers frères et sœurs,

1. Avec joie, je vous retourne mes plus cordiales salutations, au lendemain de la canonisation du bienheureux Josémaria Escriva de Balaguer. Je remercie Son Excellence Mgr Xavier Echevarria, prélat de l’Opus Dei, pour les mots avec lesquels il s’est fait l’interprète de tous les présents. Je salue avec affection les nombreux cardinaux, évêques et prêtres qui ont voulu prendre part à cette célébration.

2. Chez le fondateur de l’Opus Dei, se détache l’amour pour la volonté de Dieu. Il existe un critère sûr de sainteté : la fidélité pour accomplir la volonté divine jusqu’aux dernières conséquences. Sur chacun de nous, le Seigneur a un projet, à tous il confie une mission sur la terre. Le saint ne réussit même pas à se voir lui-même en dehors du dessein de Dieu : il vit seulement pour le réaliser.

Saint Josémaria fut choisi par le Seigneur pour annoncer l’appel universel à la sainteté et pour indiquer que la vie de tous les jours, les activités ordinaires, sont un chemin de sanctification. Il serait possible de dire qu’il fut le saint de l’ordinaire. Il était en fait convaincu que, pour celui qui vit dans une optique de foi, tout offre une occasion de rencontre avec Dieu, tout devient un encouragement à la prière. Vue ainsi, la vie quotidienne révèle une grandeur insoupçonnée. La sainteté se retrouve vraiment à la portée de tous.
3. Escriva fut un saint d’une grande humanité. Tous ceux qui le fréquentèrent, de n’importe quelle culture ou condition sociale, le considérèrent comme un père, totalement donné au service des autres, parce qu’il était convaincu que chaque âme est un trésor merveilleux. En effet, chaque homme vaut tout le sang du Christ. Cette attitude de service est évident dans son dévouement au ministère sacerdotal et dans la magnanimité avec laquelle il poussa tant d’œuvres d’évangélisation et de promotion humaine en faveur des plus pauvres.

Le Seigneur lui fit comprendre avec profondeur le don de notre filiation divine. Il enseigna à contempler le tendre visage d’un Père dans le Dieu qui nous parle à travers les plus diverses vicissitudes de la vie. Un Père qui nous aime, qui nous suit pas à pas et nous protège, nous comprend et attend de chacun de nous la réponse de l’amour. La considération de cette présence paternelle, qui l’accompagne de tous côtés, donne au chrétien une confiance inébranlable ; à tout moment il doit faire confiance au Père du ciel. Il ne se sent jamais seul ni n’a peur. Dans la Croix — quand elle se présente —, il ne voit pas un châtiment mais une mission confiée par le Seigneur lui-même. Le chrétien est nécessairement optimiste, parce qu’il se sait fils de Dieu dans le Christ.

4. Saint Josémaria était profondément convaincu que la vie chrétienne entraîne une mission et un apostolat : nous sommes dans le monde pour le sauver avec le Christ. Il a aimé le monde passionnément, d’un « amour rédempteur » (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 604). Précisément pour cela, ses enseignements ont aidé tellement de fidèles ordinaires à découvrir le pouvoir rédempteur de la foi, sa capacité à transformer la terre.

C’est un message qui possède d’abondantes et fructueuses implications pour la mission d’évangélisation de l’Église. Il renforce la christianisation du monde « de l’intérieur », en montrant qu’il ne peut pas y avoir de conflit entre la loi divine et les demandes d’un progrès humain authentique. Ce saint prêtre a enseigné que le Christ doit être le sommet de toute activité humaine (cf. Jean 12, 32). Son message pousse le chrétien à agir dans des endroits où la société future est en train de se construire. De la présence active des laïcs dans toutes les professions et aux frontières les plus avancées du développement, ne peut venir qu’une contribution positive pour le renforcement de cette harmonie entre foi et culture, qui est un des plus grands besoins de notre temps.

5. Saint Josémaria Escriva a dépensé sa vie pour le service de l’Église. Dans ses écrits, les prêtres, les laïcs qui suivent les voies les plus diverses, les religieux et les religieuses trouvent une source stimulante d’inspiration. Chers frères et sœurs, en l’imitant avec une ouverture d’esprit et de cœur, dans la disponibilité à servir les Églises locales, vous contribuez à donner de la force à la « spiritualité de communion » que la Lettre apostolique Novo millennio ineunte indique comme l’un des buts les plus importants pour notre temps (cf. 42-45).
Il m’est cher de conclure par un appel à la fête liturgique de ce jour, Notre-Dame du Rosaire. Saint Josémaria écrivit un bel opuscule intitulé Saint Rosaire, qui s’inspire de l’enfance spirituelle, disposition d’esprit propre à ceux qui veulent parvenir à un total abandon à la volonté divine. De grand cœur, je vous confie tous à la protection maternelle de Marie, ainsi que vos familles, votre apostolat, vous remerciant de votre présence.

6. Je remercie encore une fois tous les présents, particulièrement ceux venus de très loin. Je vous invite, très chers frères et sœurs, à apporter partout un clair témoignage de foi, selon l’exemple et l’enseignement de votre saint fondateur. Je vous accompagne avec ma prière, et de tout cœur je vous bénis, ainsi que vos familles et toutes vos activités.

Quelques fidèles purent s’approcher de l’autel pour saluer le pape. Parmi eux se trouvait le docteur Manuel Nevado Rey, dont la guérison miraculeuse d’une radiodermite chronique aux mains, par l’intercession du fondateur de l’Opus Dei avait ouvert les portes de la canonisation au nouveau saint.

Ce même jour, sa Béatitude Théotokist, patriarche de l’Église Orthodoxe Roumaine, a commencé une visite à Rome. Le pape l’a reçu place saint-Pierre, à la fin de l’audience avec les participants à la canonisation de saint Josémaria. Les milliers de fidèles présents ont interrompu plusieurs fois par leur applaudissement tant le discours de Théotokist que celui de Jean Paul II, montrant ainsi leur désir de voir rapidement la pleine unité entre tos les chrétiens.

Plus tard, comme la veille, de nombreuses personnes sont allées à la basilique saint Eugène pour prier devant le corps de saint Josémaria. Une exposition photographique sur sa vie et son message avait été installée dans le patio de la basilique.


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