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33 • Juillet - Décembre 2001 • Page 154
 
 
 
 •  Initiatives
 

Tradition et développement dans le Programme d’action sociale à Kimbondo (République démocratique du Congo)

Le 13 juin 1999, le ministre des affaires sociales du Congo a présidé la présentation d’un programme de promotion rurale s’adressant à des femmes du quartier de Kimbondo, aux environs de Kinshasa. Le nouveau programme a pour but de former un bon groupe de femmes de la localité de façon à ce qu’elles puissent devenir monitrices et contribuer à améliorer le niveau de vie des habitants du quartier. Cette initiative s’inscrit dans un projet de plus grande envergure qui est né en 1995, appelé Programme d’action sociale.
La plupart des personnes qui participent au programme sont d’anciennes élèves du lycée professionnel « Kimbondo », dont l’inauguration officielle a eu lieu en 1998, en présence du ministre de l’Éducation nationale.
Les habitants de Kimbondo, d’origine essentiellement rurale, sont venus à la capitale à la recherche d’une meilleure situation et de moyens financiers pour l’éducation de leurs enfants. Malheureusement, la situation qu’ils trouvent en ville est loin d’être aussi brillante que ce à quoi ils s’attendaient. L’instabilité de ces dix dernières années a provoqué de graves problèmes économiques et sociaux, encore aggravés par le récent conflit.
« Nous avons été particulièrement frappées de la situation de la femme à Kimbondo », explique Nelly Tshela, une jeune avocate congolaise qui travaille au Programme d’action sociale depuis le début. « Nous avons pris conscience qu’il était urgent de mettre en œuvre un plan d’aide destiné aux femmes qui, soumises à des coutumes ancestrales, sont reléguées à un rôle subalterne et vivent dans des conditions très précaires. Il fallait trouver une solution pour améliorer la condition de vie des quelque 12 000 personnes qui habitent le quartier. »
Les femmes de Kimbondo sont habituées à tirer leurs ressources des travaux de la terre et, au début, elles ne ressentent pas le besoin d’apprendre et de consacrer du temps et des énergies à accroître leurs connaissances. La plupart d’entre elles ne sont guère allées à l’école et, dans le meilleur des cas, elles n’ont reçu qu’une formation très rudimentaire.
« Nous disposions de peu de moyens, — poursuit Nelly Tshela — mais nous avons pensé que nous avions des « ressources humaines » et que ces ressources pourraient peut-être contribuer à apporter une réflexion de bon sens, souvent malmenée par les croyances et les coutumes locales, dans les situations concrètes. C’est pourquoi, la toile de fond de notre projet est constituée par le souci de transmettre une vision chrétienne et optimiste de la vie destinée à enrichir tout ce qui est humain. »
Lorsque la première promotion de femmes qui assistaient aux cours de nutrition, d’hygiène et de français eut compris l’importance de se former, « un panorama d’une meilleure qualité de vie s’ouvrit à elles », dit Nelly Tshela. « Le quartier compte 6 000 femmes, et depuis le début, notre objectif a été d’atteindre le plus de femmes possible. Dès les premières années de mes études universitaires où j’ai eu connaissance des écrits du fondateur de l’Opus Dei, mon intérêt est allé croissant pour mieux appréhender ce qui est le propre de la femme. Je pense que l’un des défauts les plus courants est de se reposer sur ses lauriers et de renoncer à aller de l’avant. La femme doit aussi rêver et oser se lancer. Le mot « davantage » est un adverbe souvent employé par le bienheureux Josémaria. » C’est la raison pour laquelle, l’un des premiers pas du projet a été de trouver des personnes disposant de davantage de possibilités humaines qui seraient capables de devenir « monitrices » auprès des femmes des environs.
Au départ, le petit groupe auteur de cette initiative ne comptait que quelques femmes. Mais dès le début, des étudiantes et d’autres personnes, d’âge et de milieu différents, se sont intéressées au projet et ont offert leur collaboration. « Nous avons essayé de leur faire comprendre — poursuit la jeune avocate — que leur action, tout en contribuant à aider des personnes vivant dans la misère, leur procure également un enrichissement personnel. »
« Quelle fut la méthode employée, s’interroge Nelly Tshela ? Réveiller les personnes une à une. Ce n’est qu’ainsi, grâce au dialogue, en leur apprenant à s’exprimer (à lire et à écrire) qu’on parvient à leur apprendre à travailler et que de nouveaux horizons s’ouvrent à elles. Le développement de Kimbondo est possible, mais il faut que la femme sorte de sa torpeur : tel a été, dès le début, l’impulsion que nous avons voulu donner. Le développement ne s’étudie pas, il se réalise en se donnant à fond. C’est, quant à nous, l’intuition que nous avions. Et ce moral de défi sportif, optimiste et naturel, nous le devons aussi au bienheureux Josémaria. Ici, nous essayons d’enseigner aux femmes à travailler, à travailler beaucoup et bien, avec un sens chrétien de la vie. »
« Aujourd’hui — conclue-t-elle —, on peut difficilement mesurer l’étendue de cette action sociale : plus d’une centaine de femmes travaillent désormais à la recherche de solutions. Mais je suis certaine que le fait de chercher est déjà le signe d’une amélioration. »


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