Opus Dei. Bulletin RomanaBulletin de la Prelature de la Sainte Croix et Opus Dei

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33 • Juillet - Décembre 2001 • Page 124
 
 
 
 •  Sur le Fondateur de l'Opus Dei
 

La reconnaissance de Rome pour une présence unitaire, multiforme et formative

Nous reproduisons un article du Cardinal Ruini, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome et président de la Conférence épiscopale italienne, publié le 24 juin 1995 dans le quotidien Avvenire de Milan.

Le jeudi 26 juin 1975, Monseigneur Josémaria Escriva a été arraché à l’affection de ceux qui le connaissaient et l’aimaient. À Rome, la ville papale, il a senti cet appel radical de Dieu qui est, dans la dimension temporelle, la mort corporelle, et qui est, pour les bons, à la lumière de la foi, la plénitude de la vie, l’entrée irréversible dans la réalité nouvelle du Christ ressuscité.

Vingt ans se sont écoulés depuis ce jour, et l’Église sait que ce prêtre n’était pas seulement bon, mais saint, comme le souverain pontife Jean Paul II l’a reconnu solennellement le 17 mai 1992 en lui conférant le titre de bienheureux.

En quoi consiste cette sainteté, c’est ce que décrivent les premières lignes de la Lettre apostolique qui est le document officiel de cette béatification. Elle se résume en deux phrases, la première tirée de Lumen Gentium, la seconde d’un écrit du bienheureux, intitulé Amis de Dieu. Voici la première : “ L’Église est le sacrement universel du salut, qui révèle et en même temps réalise le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme. ” Et l’autre : “ Tout le monde est appelé à la sainteté, le Seigneur demande l’amour de chacun : jeunes et vieux, célibataires et mariés, malades et bien portants, instruits et ignorants, où qu’ils se trouvent, où qu’ils travaillent. ” Quelques mots de la Lettre apostolique condensent les idées de ces deux phrases : “ Le message du vénérable Josémaria Escriva reflète avec une admirable pertinence la portée universelle du mystère du salut. ”

La clé des deux textes se trouve dans le mot amour, qui résume la révélation de Jésus‑Christ : amour comme élément constitutif de l’être et de l’agir créatif et rédempteur de Dieu ; amour comme requête de Dieu à toutes ses créatures ; amour comme réponse des créatures rachetées et introduites, dans la filiation divine, au sein de l’amour répandu sur elles par Dieu. Il n’y a pas de sainteté sans amour ; plus encore, la sainteté est essentiellement amour, l’amour sous ses multiples formes, manifesté non seulement dans la vie intérieure mais aussi dans l’activité extérieure des enfants de Dieu.

Le vingtième anniversaire du départ du bienheureux se situe liturgiquement au lendemain de ce souffle puissant du Saint‑Esprit que constituent les solennités célébrées au fil des jours passés : la Pentecôte, la Sainte Trinité, la Fête‑Dieu, le Sacré‑Cœur de Jésus, le Cœur Immaculé de la Sainte Vierge Marie. C’est certainement le moment de l’année liturgique le plus riche en souvenirs, en rappels pressants de l’amour de Dieu, des Trois Personnes égales et distinctes éternellement plongées dans une vie d’amour, de la manifestation d’un tel amour envers les hommes par le Cœur du Christ et celui de Marie Immaculée, du don spirituel de l’amour, réalisé par l’irruption du Saint‑Esprit dans la vie des fidèles. On comprend alors comment saint Paul a pu écrire cet hymne à l’amour qui n’a pas son pareil dans la littérature universelle : “ Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien ” (1 Co 12, 1‑3).

Le bienheureux Josémaria a compris, assimilé, vécu, pratiqué autour de lui cette valeur absolue et primordiale, en agissant à l’intérieur de l’Église avec la prudence et l’audace des saints, dans l’humilité, l’obéissance et la fidélité au siège de Pierre, manifestant une catholicité et une romanité exemplaires.

Je ne parlerai pas de l’œuvre qu’il a fondée, l’Opus Dei, instituée en 1928 et complétée en 1930 par son extension au monde des femmes, dans le but d’appeler à la sainteté des personnes de toutes catégories, en montrant dans leur vie ordinaire et dans leur travail quotidien le cadre où accueillir et faire fleurir la sainteté. Je voudrais me limiter à rappeler tout ce que le bienheureux a fait pour le diocèse de Rome, d’abord personnellement de son vivant et ensuite au moyen des continuateurs de son œuvre. L’Opus Dei, érigé par le pape en prélature personnelle en 1982, est une réalité ecclésiale profondément unie, dont les membres sont présents dans le monde entier. Mais ils ne le sont pas comme un corps ecclésial à part, mais plutôt comme des éléments de coopération avec les Églises locales, comme des forces qui contribuent à la fusion des communautés catholiques dans chaque unité territoriale. Dans cet esprit, trois paroisses de Rome sont confiées aux soins pastoraux de prêtres de la prélature.

En réalité, le double engagement de l’Opus Dei est bien visible à Rome : d’une part, la tâche pastorale et le soutien des fidèles incorporés à l’œuvre selon un itinéraire ascétique et formatif particulièrement intense, destiné à forger des chrétiens adultes dans la foi et capables d’en témoigner. D’autre part, la diffusion dans tous les milieux de la ville d’une profonde prise de conscience de l’appel universel à la sainteté et à l’apostolat et concrètement de la valeur sanctificatrice du travail professionnel ordinaire. C’est ainsi que sont nés les résidences universitaires, les écoles de formation professionnelle, les centres sportifs et culturels, les résidences pour jeunes travailleurs. Au cœur de Rome, à Saint-Apollinaire, s’est constitué le nouvel Athénée Romain de la Sainte Croix. Et dernièrement a été mis en route l’institut universitaire libre “ Campus Biomedico ”, ainsi que d’autres instituts de recherche scientifique, d’enseignement et d’assistance sanitaire.

Rome est reconnaissante à l’Opus Dei et à son fondateur de cette présence unitaire et en même temps multiforme. Lui, qui a fortement cru à la mission spécifique de l’Église de Rome, il a contribué à la réalisation de cette mission dans notre époque. C’est ainsi qu’à la gratitude s’unit l’attente : dans ces années qui nous conduisent au Jubilé du troisième millénaire et au nouveau siècle qui s’ouvre à nos regards, le témoignage exemplaire de Josémaria Escriva, assimilé et continué par ses fils spirituels, constitue en effet une énergie précieuse pour encourager cette rencontre, renouvelée, personnelle et consciente, avec le Christ Jésus, qui est le but de l’œuvre missionnaire de l’Église.

Camillo Ruini

Vicaire du Pape pour le diocèse de Rome

Président de la Conférence épiscopale italienne


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