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Veillée de prière à l’occasion du jubilé des prêtres, sar la place Saint-Pierre
Chers frères dans le sacerdoce,
Nous nous préparons à célébrer notre jubilé précisément le jour où Jean-Paul II, notre Pape bien-aimé, fêtera ses quatre-vingts ans, et où nous commémorerons son service de Dieu et des âmes, tout particulièrement depuis qu'il fut appelé au siège de Pierre. En élevant notre cœur en action de grâce à la Très Sainte Trinité nous souhaitons renouveler notre fidélité personnelle au don et mystère que nous avons reçu : don de la vocation sacerdotale qui a enrichi notre vie, mystère de prédilection du Christ, qui a voulu nous appeler ses amis (cf. Jn 15,15).
Que nous disent les saints à propos du sacerdoce ? L'on m'a invité à recueillir ici quelques idées tirées de la prédication d'un prêtre saint de notre siècle, le bienheureux Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. Je ressens une joie particulière à l'heure d'offrir mon témoignage en ce huitième anniversaire de la béatification, le 17 mai 1992, de ce prêtre exemplaire qui fut — je cite un document pontifical — un « brillant exemple de zèle pour la formation sacerdotale. » Alors que dans certains secteurs de la communauté ecclésiale des interrogations se faisaient jour sur l'identité du prêtre, le bienheureux Josémaria n'hésitait pas à écrire : « Quelle est l'identité du prêtre ? Celle du Christ. Tous les chrétiens peuvent et doivent être non pas alter Christus mais ipse Christus : d'autres Christ, le Christ lui-même ! Mais, dans le cas du prêtre, ceci se réalise d'une manière immédiate, de façon sacramentelle. [...] Le sacrement de l'Ordre confère au prêtre la possibilité effective de prêter à Notre Seigneur sa voix, ses mains, tout son être [...]. C'est en cela que se fonde l'incomparable dignité du prêtre. C'est une grandeur d'emprunt, compatible avec ma petitesse. Je demande à Dieu Notre Seigneur de donner à tous les prêtres la grâce de réaliser saintement les choses saintes, et de refléter également dans notre vie les merveilles des grandeurs du Seigneur. »
Le bienheureux Josémaria écrivit aussi qu'il faut que les « prêtres aient dans leur âme une disposition fondamentale : se consumer entièrement au service de leurs frères, en étant certains que le ministère auquel ils ont été appelés [...] est un grand honneur mais surtout une charge grave. » Voilà ce que le peuple de Dieu attend des prêtres, comme une conséquence immédiate de l'identification sacramentelle au Christ. « Les fidèles demandent une claire manifestation du caractère sacerdotal : ils attendent du prêtre qu'il prie [...], qu'il mette amour et dévotion dans la célébration de la Sainte Messe, qu'il s'asseye au confessionnal, qu'il console les malades et les affligés ; qu'il enseigne le catéchisme aux enfants et aux adultes, qu'il prêche la Parole de Dieu [...] ; qu'il conseille et soit charitable envers ceux qui sont dans le besoin. »
« La vocation sacerdotale comporte l'exigence de la sainteté », lit-on sur une note manuscrite du bienheureux Josémaria. « Cette sainteté n'est pas n'importe quelle sainteté, une sainteté commune, ni même seulement excellente. C'est une sainteté héroïque. » Aussi, pour l'accomplissement de notre mission dans l'Église, le grand ennemi ne réside-t-il pas dans le manque de moyens, ni dans l'hostilité ambiante, ni même dans la fragilité personnelle — lot de toute créature humaine —, mais dans l'éventualité d'évacuer de notre vie toute orientation sincère et décidée vers l'exercice de la parfaite charité.
C'est pourquoi la première occupation du prêtre doit être d'entretenir son commerce avec Dieu, fréquentation qui s'alimente et croît dans l'exercice du ministère, en s'appuyant sur une unité de vie qui fait du prêtre — suivant l'expression du bienheureux Josémaria — un « prêtre à cent pour cent ». La certitude de l'identification sacramentelle du ministre sacré au Christ conduisait le bienheureux Josémaria à affirmer encore : « Le prêtre, s'il a un véritable esprit sacerdotal, s'il est homme de vie intérieure, ne pourra jamais se sentir seul. Nul autre que lui ne pourra avoir un cœur aussi amoureux ! Il est l'homme de l'Amour, le représentant parmi les hommes de l'Amour fait homme. Il vit par Jésus-Christ, pour Jésus-Christ, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ. C'est une réalité divine qui m'émeut jusqu'aux entrailles lorsque, chaque jour, élevant dans mes mains le calice et la Sainte Hostie, je répète lentement, en les savourant, ces paroles du Canon : per ipsum, et cum ipso, et in ipso... C'est par Lui, avec Lui, en Lui, pour Lui et pour les âmes que je vis. Je vis de son Amour et pour son Amour, malgré mes misères personnelles. Et malgré ces misères, à cause d'elles peut-être, mon Amour est un amour qui se renouvelle chaque jour. »
Le Pape Jean-Paul II affirmait dans l'une de ses allocutions : « Un prêtre vaut ce que vaut sa vie eucharistique, spécialement sa messe. Messe sans amour, prêtre stérile ; messe fervente, prêtre conquérant des âmes. » Voilà quelle est la racine de la fécondité apostolique de la vie du prêtre. Un jour, le bienheureux Josémaria nous confiait : « Je monte à l'autel dans un ardent désir, et plus que de poser les mains sur l'autel, je l'étreins tendrement et je l'embrasse comme un amoureux, car c'est ce que je suis : amoureux ! »
Cet amour conduit le prêtre à entretenir de saintes passions dans son âme, justement dans l'exercice de son ministère. Le fondateur de l'Opus Dei signalait « deux passions dominantes, outre celle d'aimer beaucoup la Sainte Eucharistie et donc la messe, de dire une messe qui dure toute la journée, sans se presser. Ces deux passions dominantes sont : s'occuper des âmes au confessionnal et prêcher abondamment la Parole de Dieu. »
Pour le bienheureux Josémaria, la prédication était la transmission de la Parole de Dieu contemplée et faite vie personnelle : le prêtre, lorsqu'il prêche, doit « faire son oraison personnelle, en cristallisant à voix haute [...] la prière de tous, en aidant les autres à parler avec Dieu [...], en donnant la lumière, en provoquant des actes d'amour, en rendant plus facile le dialogue divin. » Quant à l'administration du sacrement de pénitence, je me limite à rappeler ces paroles : « Asseyez-vous tous les jours au confessionnal [...], en y attendant les âmes comme le pêcheur les poissons. Au début peut-être personne ne viendra [...]. Au bout de deux mois on ne vous laissera plus vivre [...] parce que vos mains ointes seront, comme celles du Christ — confondues avec elles, car vous êtes le Christ — en train de dire : moi je te pardonne tous tes péchés. »
Il me faudrait parler de beaucoup d'autres facettes de l'enseignement du bienheureux Josémaria sur les prêtres — de la fraternité sacerdotale à l'union avec l'Évêque, du travail de catéchèse à l'esprit de réparation, etc. — mais cela est impossible maintenant. Je ferai simplement brièvement allusion à deux éléments actuellement essentiels à mes yeux. D'abord, la vie de prière. « La prière crée le prêtre et le prêtre se crée par la prière » a écrit le Pape . Le bienheureux Josémaria affirmait : « Le sujet de ma prière est celui de ma vie. » Sa vie sacerdotale était pleinement immergée dans l'Église ; les besoins des âmes alimentaient quotidiennement sa prière.
Ensuite — ce saint prêtre ne se lassait pas de le répéter — « il convient que l'on reconnaisse le prêtre : le peuple chrétien a besoin de signes visibles », ainsi qu'il l'écrivit en 1956 . Il expliquait : « Nous devons montrer que nous sommes prêtres d'une manière qui soit évidente pour tous. Si je ne portais pas de manifestation extérieure de mon sacerdoce, beaucoup de gens qui pourraient avoir recours à moi dans la rue, ou n'importe où, ne viendraient pas parce qu'ils ne sauraient pas que je suis ministre de Dieu. » L'habit sacerdotal, concluait-il, « vous aidera à vous rappeler et à rappeler aux autres, continuellement, que l'ordination sacerdotale, en vous configurant de façon spéciale au Christ Prêtre, vous a également constitués de manière particulière en alter Christus, en ipse Christus. »
Si nous luttons pour être fidèles à toutes les conséquences de notre vocation sacerdotale, jusqu'aux plus petites d'entre elles, notre Mère la Sainte Vierge, Mère spécialement des prêtres, nous fera toujours, en toutes circonstances, goûter de l'amour qui nous fut donné avec notre sacerdoce et qui nous identifiera chaque jour plus intimement à Jésus-Christ, Grand Prêtre Éternel.
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