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Prière du soir, lors du Jubilé, sur la place Saint-Pierre
Texte évangélique (Jn 5, 31-47)
À côté de la piscine de Bezatha, Jésus vient de guérir un homme paralysé depuis trente-huit ans. En dépit d'un miracle aussi évident, quelques autorités non seulement refusent de croire que le Christ est le Fils de Dieu, mais rejettent également l'hypothèse qu'il ait une mission divine. Devant l'objection, selon la loi de Moïse (cf. Dt 19,15) de ce que le témoignage d'une personne en faveur de sa propre cause n'est pas suffisant, le Seigneur répond : Si je rendais témoignage de moi-même, mon témoignage ne serait pas vrai. Mais c'est un Autre qui me rend témoignage (Jn 5,31). Quel est cet « autre » dont le témoignage supprime tout doute ? Le Père qui m'a envoyé, lui-même me rend témoignage (Ibid., 37). Et comment Dieu le Père témoigne-t-il en faveur du Fils qu'il a envoyé dans le monde ? De deux façons, différentes et complémentaires : par les œuvres et par la parole ; à travers les miracles qui remplissent la foule de stupeur, et en montrant que, dans le Christ, s'accomplissent les prophéties de l'Ancien Testament.
Tous les chrétiens ont été appelés à diffuser le message du Christ, chacun dans les circonstances concrètes à travers lesquelles il tisse son existence quotidienne. Vous, étudiants de l'Université Libre Campus Biomédico, et de l'Université Internationale de Catalogne, vous devez rendre présent le Christ parmi vos compagnons dans les amphithéâtres, dans les bibliothèques, dans les laboratoires, dans les endroits où vous travaillez au coude à coude avec eux.
Pour relever le défi de la nouvelle évangélisation, le Pape Jean-Paul II rappelle avec insistance qu'« il est nécessaire que les hérauts de l'Évangile soient experts en humanité, qu'ils connaissent à fond le cœur de l'homme d'aujourd'hui, qu'ils participent de ses joies et de ses espérances, de ses angoisses et de ses tristesses, et en même temps, qu'ils soient contemplatifs, amoureux de Dieu » (Jean-Paul II, discours au Synode des Évêques d'Europe, 11 octobre 1985). Le monde, en définitive, a besoin de saints, d'hommes et de femmes qui recherchent ardemment l'union avec Dieu dans l'accomplissement de leurs devoirs familiaux, professionnels, sociaux… Si nous voulons assumer la part qui nous revient dans cette mission, efforçons-nous de suivre de près l'exemple du Maître. Comme le soulignait saint Luc dans le prologue aux Actes des Apôtres, Jésus a commencé à faire et à enseigner.
D'abord, faire. Chacun doit faire tout son possible pour que sa conduite soit pleinement en accord avec sa foi. L'authenticité, la cohérence entre ce que nous croyons et ce que nous pratiquons, l'unité de vie, est quelque chose de fondamental. Ne vous laissez pas tromper par l'erreur de ceux qui essayent de se conformer à une société qui tourne le dos à Dieu. Avec des mots du bienheureux Josémaria Escriva, qui ont tiré de nombreux chrétien de leur léthargie, je vous dirai : « T'es-tu donné la peine de penser à quel point il est absurde de se dépouiller de sa qualité de catholique en entrant à l'Université, dans un groupement professionnel, à l'Académie, au Parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (bienheureux Josémaria Escriva de Balaguer, Chemin, n° 353). Notre identité de disciple du Christ doit se refléter dans tous les endroits où nous nous trouvons, dans toutes les situations de notre vie, en étant plus forts que les respects humains.
Le bon exemple a comme première manifestation l'effort pour réaliser le travail avec la plus grande perfection dont nous sommes capables. Si un chrétien est un travailleur médiocre, quelle que soit l'apparence extérieure de dévotion dont il fait preuve, il apparaîtra aux yeux des autres comme un « bigot » incapable d'attirer les autres vers le Christ. Comme ce soir je m'adresse surtout à des étudiants, je vous rappellerais d'autres paroles de ce maître de spiritualité de notre temps : « Une heure d'étude, pour un apôtre moderne, c'est une heure de prière » (Chemin, n° 335).
Cependant, tout en étant indispensable, le témoignage de l'exemple ne suffit pas. Un chrétien qui se sait « apôtre», envoyé par le Christ pour illuminer avec la lumière de la foi la société qui l'entoure, doit savoir également exposer correctement la doctrine au moyen de la parole. Paul le grand apôtre des gentils, lorsqu'il a visité Athènes, se sentait l'âme remplie d'amertume à la vue d'une ville pleine d'idoles (Act 17,16). Il parlait avec tous ceux qu'il rencontrait à la synagogue, dans les rues et sur les places, et il n'eut de cesse de le faire jusqu'à ce qu'il puisse prendre la parole à l'Aréopage, où il a rendu un témoignage chrétien devant les intellectuels qui se réunissaient là. L'Université est, certainement, un endroit de grande importance pour diffuser la doctrine de l'Église. Vous devez y être d'authentiques témoins du Maître. Pour parvenir à ce but, il nous a été donné un instrument merveilleux, facile d'accès : le Catéchisme de l'Église Catholique. L'avons-nous lu et médité plus d'une fois ? Avez-vous proposé à vos compagnons de le découvrir ? Les témoins muets sont condamnés à la stérilité.
En plus d'approfondir la doctrine chrétienne et de la mettre en pratique, nous devons vivre une vertu qui est indispensable à chaque homme, à chaque femme, mais tout spécialement pour les intellectuels. Je me réfère à la vertu de l'humilité, dont l'une des premières manifestations est de soumettre la raison à l'autorité de Dieu et de l'Église. Je ne cherche pas à recevoir la gloire des hommes (Jn 5,41), dit le Seigneur dans l'Évangile. Ce n'est qu'avec cette droiture morale que ceux qui se consacrent à un travail intellectuel pourront demeurer fidèles à leur engagement envers la vérité.
Terminons notre réflexion sur une pensée adressée à la Sainte Vierge. Marie ne trouve qu'une seule raison pour expliquer pourquoi Dieu l'a choisie comme Mère de Jésus : parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante (Lc 1,48). Suivons son exemple, et nous serons toujours très près du Christ. Admettre nos limitations, notre nullité devant Dieu, est une chose parfaitement compatible avec la reconnaissance des dons naturels et surnaturels qui nous ont été concédés. Bien plus, la véritable humilité exige cette reconnaissance. À condition que, comme Marie, nous soyons pleinement convaincus de ce que ces dons viennent de Dieu et, de ce fait, ne nous appartiennent pas en propre : ils nous ont été donnés gratuitement. Ce n'est que dans cette optique que l'on comprend comment l'humble Vierge de Nazareth peut assurer avec audace, dans le Magnificat, que Dieu a fait en Elle de grandes choses, et que, pour cela, les générations l'appelleront bienheureuse (cf. Lc 1, 46-55). Marie ne se loue pas elle-même, elle exalte la miséricorde infinie du Seigneur. Pensez-y et tirez-en les justes conséquences.
(en français dans le texte)
Je voudrais saluer les nombreux pèlerins français qui se sont unis à nous pour prier ce soir. Je demande au Seigneur et à sa Mère très sainte que votre pèlerinage au siège de Pierre en cette année jubilaire nous incite tous à une profonde conversion intérieure ; elle se traduira par des œuvres de vie chrétienne ; ainsi, en famille comme au travail, vous serez, comme le rappelle le Pape dans sa convocation du Jubilé, « le ferment et l'âme de la société humaine, appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu ». Amen.
(fin de l'allocution en français)
Très chers étudiants et pèlerins, au terme de cette célébration, confions à la sainte Vierge la personne et les intentions du saint Père pour cette Année Jubilaire.
Je m'adresse aux participants de Catalogne, et je me confie, et je vous confie à la Vierge de Montserrat, pour que nous soyons justes dans la foi et serviteurs des autres.
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